Publication Dénommé
PROPOSITUM
Vol. 12 - No. 1 - Septembre 2009

Période
Settembre

 


Année
2009

Volume
12

 


Nombre
1


Sommaire

Editorial

Introduction
Fr. James F. Puglisi, SA – Présidentde la CFI-TOR

Assemblée Générale de la CFI-TOR – 2009

Rituel d’Ouverture – Homélie
Mgr Domenico Sorrentino – Evêque d’Assise

Discours d’Ouverture
Fr. Anthony J. Gittins, CSSP

Impression Collective des Cinq Groupes Linguistiques
édigé par Fr. Eduard Quint, cfh; Sr. Regina Pröls; Sr.
Jessy Augustine Payyapilly; Sr. Paulina Aguirre, fhm; Sr.
Marie Simone Boulanger et Sr. Catherine Parrotta, frjh

Le Cantique de la Présence Dérangeante
Rédigé par Sr. Margaret Eletta Guider, OSF

Déclaration Finale 27

Recommandations de l’Assemblée Générale
pour 2009-2013

Liturgie de Clôture – Homélie
Fr. Pietro Sorci, OFM

Dérange-nous, Seigneur, quand nous sommes trop contents…
Attribuée à Sir Francis Drake-1577








 

Editorial

      Ce numéro de Propositum nous offre un aperçu global de l’Assemblée générale de la Conférence Franciscaine Internationale des Frères et des Sœurs du Troisième Ordre Régulier qui s’est tenue à Assise du 16 au 22 mai 2009.
Le thème de l’Assemblée générale Devenir une présence dérangeante dans le monde d’aujourd’hui: le Christ, à travers François, Claire… et moi-même est très stimulant. En fait, personne ne veut être dérangé. De par notre nature, nous souhaitons tous vivre une vie très pacifique et sans heurts, et nous ne voulons pas non plus que les autres soient dérangés par nos actions et notre présence. Or, il existe une ‘présence dérangeante bienheureuse’ qui nous fait changer d’attitude, de perspectives, de mode de vie, et devenir enfin une présence dérangeante dans le monde par la “Présence”. Marie a été dérangée en profondeur par les paroles de l’Ange Gabriel envoyé par Dieu (cf. Lc, 1: 26-29). François et Claire ont vécu cette expérience dans leur vie et sont devenus une présence dérangeante à leur époque et même aujourd’hui.
Nous espérons que cette présence dérangeante bienheureuse dans notre vie nous conduise à approfondir notre vision et notre charisme. Elle apporte aussi une certaine transformation qui nous donne l’espérance et l’enthousiasme d’une nouvelle vie.
Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier très sincèrement le Conseil CFI-TOR sortant et féliciter le nouveau Conseil.

“Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais moi je vous ai choisis, et je vous ai établis afin que vous alliez et que vous portiez du fruit”(Jn. 15:16).

Suor Daria Koottiyaniel FCC






de gauche:

Sr. Jessy Augustine Payyapilly, AFBP
Sr. Janet Gardner, OSF (Vice Presidente)
Fr. James F. Puglisi, SA (Presidente)
Sr.Louise Hembrecht, OSF
Sr. Doreen D’Souza, UFS
Sr.Mary Xavier Bomberger, OSF




Devenir une Présence Dérangeante dans le Monde d’Aujourd’ Hui:
le Christ, à travers François, Claire et... Moi-Meme!

Assemblée Générale de la CFI-TOR
Assisi, Domus Pacis
16-22 mai 2009



     Dans ce numéro de Propositum, nous présentons les conclusions de l’Assemblée générale de la Conférence Franciscaine Internationale des Frères et des Sœurs du Troisième Ordre Régulier.

     L’Assemblée a été l’occasion pour les Ministres généraux, ou leurs délégués, de 101 Congrégations qui suivent la Règle TOR de se réunir pour réfléchir sur comment notre Règle TOR et notre forma vitae doivent déranger le monde dans lequel nous vivons.

     Ce thème résulte de la compréhension de ce qui est arrivé à François et à Claire quand ils ont rencontré le Christ.

     François a rencontré le Christ alors qu’il avait une vie très active, centrée sur lui-même. Il n’était jamais heureux. Il sentait qu’il y avait autre chose mais il ne savait pas quoi jusqu’à ce qu’il rencontre le Christ sur le crucifix croulant de San Damiano. Il fut fortement dérangé par cette rencontre qu’il ne pouvait pas vraiment comprendre dans son esprit et dans son coeur. Il comprit (de façon erronée) qu’on l’incitait à reconstruire la maison de Dieu. Son expérience, ce fut comme éplucher un oignon: on enlève une couche après l’autre jusqu’à ce qu’il ne reste rien. En enlevant les couches de sa personne extérieure, il finit par rester nu non seulement devant son père naturel, mais aussi devant ce Christ qui l’avait appelé et dérangé jusqu’à ce qu’il se trouve face à son vrai moi.

     Son moi profond commença à vivre l’expérience de cette “paix qui dérange”. François détourna son attention des plaisirs terrestres pour chercher une joie parfaite en se mettant au service de ce qui était pour lui le plus repoussant. Il trouva le bonheur dans la pauvreté, dans le service, dans l’effacement devant le Dieu qui sert, en se vidant de lui-même pour créer un espace pour les autres. Il commença à être dans la société une présence fortement dérangeante. C’est comme s’il devenait lentement cette même présence dérangeante qui avait suscité un changement radical dans sa propre vie. Il le fit au point que certains pensaient qu’il était fou, d’autres le craignaient à cause de son témoignage radical et de ce regard ardent qui transperçait l’écorce la plus endurcie et enveloppait l’autre d’amour. Il savait de toute façon que sa vie devait changer et qu’il devait suivre Jésus; sa suite devait être si radicale qu’elle finirait par le conduire à la connaissance profonde de l’amour que le Christ avait montré sur la croix en aimant les pécheurs comme lui-même. Il aspirait à s’unir au Crucifié d’une manière physique. Avec le don des stigmates, au moment de l’union mystique, Bonaventure affirme: “François est devenue prière”.

     Claire a rencontré elle aussi le Christ d’un amour pur, même avant François. Elle est devenue une présence qui dérangeait toute sa maison et toutes les dames courtoises d’Assise en coupant avec les traditions qui depuis longtemps s’imposaient aux femmes dans la société médiévale féodale. Son courage bouleverse les autorités ecclésiales. Claire nous enseigne à regarder, considérer, contempler si nous voulons imiter. Regarder, c’est être changé par ce que l’on voit. Son éclat était sa pauvreté, sa simplicité, son amour ardent du Christ, sa capacité de tout abandonner à la poursuite de son bien-aimé. Avec François, ils ont bouleversé l’Eglise, la société et le monde.

     Comment, nous les Franciscains, dérangeons-nous le monde dans lequel nous vivons? Comment apportons-nous pax et bonum de manière à ce que notre présence conduise les autres à la seule vraie paix et au Bien suprême? Comment Dieu continue-t-il de nous déranger en nous appelant à travers le Saint Esprit à vivre de nouveau la Règle qui nous donne la vie? Quels gémissements entendons-nous alors que l’Esprit fait renaître notre Règle TOR pour la génération future? Nos Congrégations sont-elles suffisamment convaincues du mouvement pénitentiel que François et Claire ont vécu à leur époque afin d’inviter activement et appeler les autres à vivre ce mode de vie à notre époque? Prions-nous, nous les Franciscains, pour devenir conscients, être dérangés par les cris des lépreux d’aujourd’hui, les cris des nouveaux pauvres d’aujourd’hui, les cris des innocents et des sans défense aujourd’hui, et les cris même de notre monde créé demandant protection et rédemption? Comment devenons-nous une présence dérangeante à travers le service? Qu’arrive-t-il aux prophètes de nos communautés, à ceux qui osent imaginer des possibilités et demander “Et si?” et “Pourquoi pas?”. Pouvons-nous voir les chemins qui reconduisent au Christ à travers une variété de cultures et redécouvrir nos histoires qui s’entrelacent dans la seule grande histoire de Jésus? Voilà quelques questions que nous avons analysées au cours de la semaine de l’Assemblée. Nous commençons à écrire un nouveau chapitre de notre mode de vie franciscain par lequel nous nous engageons à appeler et former de nouveaux membres pour qu’ils suivent les pas du Christ, et non les nôtres, en étant des disciples dérangeants.

     Après le discours introductif présenté par le père Tony Gittins, CSSp, l’Assemblée a travaillé en cinq langues pour réfléchir sur ces questions. Le but était de parvenir à une déclaration de vision pour les années à venir destinée aux Congrégations du TOR et faire des recommandations au nouveau Conseil élu du CFI-TOR.

     Nos journées ensemble ont été ponctuées de prières contemplatives sur les sources franciscaines et de lectio divina, de réflexions et méditations communes sur la Parole qui donne la vie et nous soutient. La CFI-TOR a mis ce matériel sur le site web () pour que vos communautés puissent aussi partager l’expérience qui a animé toute l’Assemblée.

     Nous vous encourageons tous à prendre notre déclaration de vision et nos recommandations et trouver comment les appliquer dans vos propres Congrégations. Elles pourront vous servir pour la méditation et la réflexion de vos Assemblées futures.


Fra. James F. Puglisi, SA
Président
CFI-TOR






Rituel d’ Ouverture – Homélie

Mgr. Domenico Sorrentino
Evêque d’Assise


     Chers Frères et chères Sœurs,

     Je voudrais tout d’abord, en qualité d’évêque d’Assise, vous donner la bienvenue. Je suppose que, comme vous êtes des franciscains, vous vous sentez chez vous ici. Je veux vous donner la bienvenue au nom de la communauté diocésaine tout entière.
Le thème de votre assemblée est très stimulant: devenir une présence dérangeante dans le monde d’aujourd’hui: le Christ à travers François, Claire et… moi-même !

     Nous devons admettre que nous avons tendance à préférer un christianisme non dérangeant. Nous craignons que l’annonce de l’Evangile dans sa radicalité nous fasse perdre le consentement au sein de la société. Nous rendons la foi acceptable, en évitant le scandale de la croix, qui est le scandale de l’amour. «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3:16). Nous devons redécouvrir la force de cette annonce. La parole de Dieu nous aide.

     Nous venons d’entendre: «Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors». (Mt 10:34). Nous pouvons méditer sur ce même point à la lumière d’autres paroles du Christ.
Concentrons-nous sur la question de la paix, qui est si importante dans la spiritualité franciscaine. Prêcher la paix est un devoir. Mais que signifie la paix? Dans l’Evangile nous lisons des mots qui semblent être contradictoires. Quand le Christ promet la paix, il ajoute que sa paix n’est pas comme la paix du monde: «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne» (Jn 14:27). Ne pas être de ce monde est un trait de l’évangile. C’est un message de paix, mais cette paix exige la lutte.

     Le Christ est un signe de contradiction. L’apôtre Paul confirme lui aussi ce message. A Athènes, il a essayé de prêcher une foi chrétienne qui puisse être acceptée. Nous devons nous aussi essayer de nous faire comprendre par les personnes de notre époque. Mais Paul apprend qu’il existe un point où l’annonce devient un signe de contradiction. L’annonce à Athènes a été un échec. Quand il a prêché à Corinthe, il a choisi de prêcher dès le début le Seigneur crucifié.
Etre chrétien, c’est dérangeant. En ce temps de nouvelle évangélisation, nous devons redécouvrir ce trait. Qui plus que François – avec Claire – peut nous aider?

     Le pape Benoît, lors de sa visite à Assise, nous a invité à lire la vie et le message du Poverello à partir de sa conversion. Dans son Testament, François a parlé de sa vie tout entière comme d’une vie de pénitence : une vie de conversion. Et la conversion pour François, c’était vivre conformément au saint évangile, imitant la vie de Jésus.

     C’est un paradoxe que notre présentation de François est parfois plus acceptable que notre présentation du Christ. C’est un paradoxe, mais nous pouvons le comprendre. François peut être honoré et accepté car il était un grand homme, ayant un grand message sur les questions très importantes de notre société : écologie, paix, dialogue interreligieux. Le Christ est non seulement un grand homme, c’est aussi un homme de Dieu, la Parole faite chair.

     La radicalité de la vie de François, la radicalité de la pauvreté dans la spiritualité de Claire ne peuvent être comprises qu’à partir de là. Le Christ était tout pour François et Claire.
C’est la seule chose qui explique son «dépouillement» devant l’évêque Guido, dans la maison où j’ai le privilège d’habiter. C’est la seule chose qui explique qu’il a voulu choisir la pauvreté totale et mourir nu sur la terre nue, dans ce lieu saint qu’est la Portioncule.

     François choisit une présence dérangeante, parce qu’il choisit le Christ.

     Je souhaite et je prie que, à l’occasion de cette assemblée, vous puissiez entendre la voix de l’Esprit de Dieu, afin de choisir les meilleurs moyens d’offrir témoignage du Christ sans craindre d’être une présence dérangeante dans le monde d’aujourd’hui.




Discours d’Ouverture

Fr. Anthony J. Gittins, CSSP

     WILLIAM WORDSWORTH (1770-1850)
     William Wordsworth est un poète anglais romantique et un poète de la “nature”. Bien qu’étant un chrétien assez traditionnel, il respectait la “Nature” plus que “Dieu,” et l’“esprit” plus que l’“Esprit”. Il croyait certainement en un esprit de la nature ou une entité plus grand que lui, dépassant l’humanité, et en la notion selon laquelle chaque être humain a une essence morale et une responsabilité morale.

     Jeune, il a voyagé en France juste après la Révolution française de 1789, en espérant de découvrir des signes tangibles de liberté, égalité et fraternité qui avait été son cri de ralliement. Il partit désenchanté à cause de l’horreur, de l’effusion de sang, du mécontentement persistant et des injustices auxquelles il avait assisté. En rentrant en Angleterre d’une humeur pensive, voire déprimée, il entreprit une promenade à pied le long de la frontière d’Angleterre et de Pays de Galles, et écrivit, entre autres, son célèbre poème connu sous le titre de Tintern Abbey. Il ne parle pas de l’abbaye mais de ses propres pensées et comprend ces vers écrits à 28 ans en 1798:

J’ai appris
à considérer la nature, non pas comme lors
de mon insouciante jeunesse, mais par l’écoute assidue
de l’humanité, de sa musique calme et triste …
Et j’ai ressenti
une présence qui me dérange avec la joie
de hautes pensées ; la conscience inouïe
de quelque chose mêlé au plus profond de mon être,
… Cet élan, cet esprit qui fait s’animer
les choses pensantes, les sujets de chaque pensée,
et roule à travers toute chose.

      Pendant mon juniorat (1957-61), j’ai vécu dans le pays de Wordsworth, le Lake District, en Angleterre du Nord. J’ai d’ailleurs étudié celui-ci et d’autres poèmes de Wordsworth. Plus tard, dans les années 1990, je suis tombé à nouveau sur ce poème et j’ai été beaucoup plus touché et stimulé par ses sentiments. Ainsi, en 1998 – 200e anniversaire du poème – j’ai fait un voyage spécial (ou pèlerinage) à Tintern Abbey, une abbaye cistercienne du 12e siècle, tombée en ruines dans les années 1530, l’époque de Henry VIII. Un matin froid, je suis passé par-dessus l’enceinte en fer et je me suis assis, le poème à la main, dans le chœur dépouillé, en ruines de l’abbaye. Et, dans ma méditation du matin, j’ai demandé à l’Esprit de Dieu de me faire éprouver quelque chose de similaire à ce que Wordsworth avait ressenti: “une présence qui dérange.”

UN DIEU DERANGEANT

      L’image de “la musique calme et triste de l’humanité,” et d’“un élan, un esprit qui fait s’animer toutes les choses pensantes,” a résonné profondément en moi ce jour-là et les jours suivants, et j’ai ressenti une clarté croissante dans ma propre pensée en ce qui concerne Dieu, la réponse de l’homme et la responsabilité humaine d’une manière générale, qui m’a amené à trois idées simples: Dieu est un Dieu dérangeant; nous devons demander à être dérangés; et nous devons, à notre tour, devenir une présence dérangeante.

UN DIEU DERANGEANT: La Bible juive nous raconte à maintes reprises, et par différents mots et images, que le Dieu du Peuple d’Israël n’était pas un Deus Otiosus, un Dieu replié sur lui-même ou distant, mais un Dieu de relation, de participation, d’Alliance et de Fidélité. Dieu cherche toujours à parler et à être entendu par le peuple de Dieu, afin de le guider et de pardonner ses égarements, et ne pas le laisser seul et abandonné. A plusieurs reprises, Dieu rassure les personnes: “Une mère oublierait-elle son enfant, Moi je ne t’oublierai point” (Isaïe 49:15); “Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie” (Ps 137:5); “Le Seigneur n’oubliera pas l’Alliance” (Dt 4:31); “Dieu n’oublie pas les cris des malheureux” (Ps 9:12); et ainsi de suite. Comme Dieu est un Dieu relationnel, qui cherche de garder les relations, et comme les personnes sont souvent complaisantes ou distraites, Dieu nous dérange nécessairement.

NOUS DEVONS DEMANDER A ETRE DERANGES:

      Toutefois, le Dieu qui dérange n’est jamais coercitif. Dieu ne forcera jamais les personnes contre leur volonté, mais réitérera l’invitation à la relation et pardonnera même indéfiniment. Par conséquent, si l’on veut être en relation avec le Dieu qui offre d’être en relation, il faut chercher, demander et choisir d’être dérangé, autrement, on décide d’être seul et non pas en relation. Seuls ceux qui veulent ou sont prêts à être dérangés le seront par un Dieu d’amour, de compassion, de relation. Le bibliste James J. G. Dunn l’exprime très bien: “Il y a une qualité dérangeante dans l’urgence de l’appel de Jésus, un ébranlement des fondations que ceux qui veulent une vie tranquille vont sûrement la rejeter ou lui résister.” Autrement dit, Dieu peut nous déranger avec persistance (car il nous faut parfois un temps avant que nous le remarquions ou que nous répondions), mais nous pouvons encore choisir de rejeter ou de résister au lieu d’acquiescer et collaborer avec Dieu.

NOUS DEVONS DEVENIR UNE PRESENCE DERANGEANTE

      Cependant, il ne suffit pas de remarquer simplement la présence dérangeante de Dieu, tout en essayant de garder le status quo ante: une relation confortable, exclusive ou privatisée avec Dieu. Si Dieu nous dérange, c’est pour une raison importante: il nous appelle à nous engager envers la parole de Dieu et le peuple de Dieu et nous envoie pour être un signe de la présence de Dieu dans le monde. L’appel que nous identifions comme une vocation n’est qu’une partie d’un cycle (que nous examinerons plus bas). Il serait donc tout à fait inapproprié de devenir une présence dérangeante en faisant l’important. Le fait d’être disciple ne concerne pas que soi: il ne faut pas devenir une présence dérangeante en étant suffisant ou en se concentrant sur soi-même, mais en devenant une présence dérangeante s’inspirant de Dieu. Ce n’est qu’ainsi que nous serons réellement engagés envers les choses de Dieu, engagés envers Dieu, et complices avec les desseins de Dieu. Ces réflexions, me semble-t-il, sont en accord avec les sentiments de Wordsworth et avec la notion fondamentale chrétienne de responsabilité sociale: nous sommes les gardiens de nos frères et de nos soeurs.

DEVENIR UNE JUSTE PRESENCE DERANGEANTE

      Nous devons discerner les moyens pour devenir et être une juste présence dérangeante dans les circonstances réelles de notre vie, ou chercher quand et dans quelle mesure nous modifions ces circonstances afin d’être plus sensibles et réceptifs face au Dieu qui nous dérange. Trois verbes me viennent à l’esprit, chacun pouvant être appliqué par tous ceux qui veulent devenir une présence dérangeante s’inspirant de Dieu: identifier, écouter et prendre position.

IDENTIFIER: Il est facile de vivre sa vie avec de bonnes intentions qui ne sont jamais fondées dans l’action. Ce n’est qu’après avoir pensé sérieusement aux “pauvres” parmi nous ou dans le monde que nous pourrons réagir concrètement. “Les pauvres” après tout est une expression indiquant une abstraction, une catégorie: or, nous ne pouvons aimer une abstraction ou une catégorie, mais seulement des personnes réelles. Dieu ne fait pas des abstractions ou “des personnes en général,” mais seulement des personnes individuelles et spécifiques. Si nous n’identifions pas des personnes particulières, nous ne pouvons pas prétendre de les aimer. “Les groupes silencieux”, ce sont les membres de toute classe sociale qui n’ont pas de voix ou qui ont été réduits au silence. Ce sont “les pauvres” de notre monde et parmi nous. La première chose que nous pouvons faire, ce serait donc d’identifier quelques uns de ces groupes silencieux – femmes, enfants, personnes maltraitées, sans-abri, étrangers, prisonniers, et ainsi de suite. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons réellement nous engager envers des personnes réelles.

ECOUTER: A plusieurs occasions, Jésus appelle les personnes à écouter son message. Il leur reproche de ne pas écouter, de ne pas entendre et de ne pas agir. Une composante centrale de la définition que les anciens Israélites donnaient au terme “humain” était simplement “avoir des oreilles.” Le Shema ou le cri de ralliement pour les juifs que l’on trouve dans Deutéronome 6:4, dit: “Ecoute Israël, Yahweh est notre Dieu, notre seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.” Si nous n’écoutons et n’entendons pas, nous ne pourrons pas, malgré toutes nos bonnes intentions, aimer réellement Dieu. Or, si nous essayons vraiment d’écouter Dieu, nous entendrons certainement l’Esprit de Dieu parler – à travers “les pauvres”, à travers les groupes silencieux, à travers les femmes dans l’Eglise, à travers l’appel à l’unité chrétienne et une Eucharistie incluant tous, à travers les chrétiens qui ont été exclus ou déçus par l’Eglise institutionnelle. L’Esprit parle: mais l’écoutons-nous réellement?

PRENDRE POSITION: Que me demande, nous demande Dieu? “Et ce que le Seigneur demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu” (Micée 6:8). Comment faisons-nous cela? Nous le faisons en prenant une position, en plaidant pour une cause, publiquement, dans un monde qui saigne et crie. Chacun d’entre nous peut trouver des moyens de plaider en faveur de la justice, d’aligner nos vies et nous-mêmes avec la justice de Dieu et le peuple de Dieu. Et il est demandé à chacun d’entre nous, en vertu de notre baptême - pour ne pas parler de nos engagements en tant que religieux et religieuses – d’agir de la sorte. Nous sommes appelés à agir en tant que prêtres (en soignant les personnes avec l’huile de la joie et en pansant leurs blessures) et en tant que prophètes (en disant la vérité au pouvoir et en plaidant en faveur et aux côtés des sans voix et des personnes réduites au silence que nous connaissons directement ou indirectement. Nous sommes appelés au dialogue, à un dialogue de vie, à travers lequel nous façonnons des mots que nous citons si facilement: compassion, pardon, réconciliation et amour. Or, cet engagement au dialogue, un engagement à une action sacerdotale et prophétique, ne peut se réaliser que si nous sommes prêts à prendre position et à rencontrer les gens comme Jésus l’a fait, un par un.

LES ETAPES POUR DEVENIR DISCIPLE

      La stratégie de Jésus consiste à rencontrer les personnes afin de les aimer, de les appeler à la foi, de les guérir et de les interpeller et envoyer en tant que disciples. Nous pouvons identifier trois étapes dans le processus de “devenir disciple.”

APPEL/RENCONTRE: Parfois – comme dans le cas de Pierre et André, de Jacques et Jean Matthieu et de Zachée – Jésus appelle les personnes de façon explicite et forte. D’autres fois – comme dans le cas de la femme courbée depuis 18 ans (Lc 13), de la femme qui l’embaume dans la maison de Simon le lépreux (Mc 14), ou de l’homme riche (Mc 10) – l’appel n’est pas explicite – mais il y a, et il doit y avoir, une rencontre. Ensuite, que ce soit par un appel ou par une rencontre, et que la rencontre soit lancée par Jésus ou par un disciple potentiel, la première étape du cheminement pour devenir disciple est le face à face entre Jésus et une personne.

PRESENCE DERANGEANTE/DEPLACEMENT: C’est le moment de la vérité, le moment où celui qui veut devenir un disciple est mis à l’épreuve. Car Jésus est une présence dérangeante, une présence qui dérange, il dérangera la complaisance des personnes, leurs projets, leurs vies. Si quelqu’un devient un disciple, sa vie ne sera jamais plus la même. La présence dérangeante ou le déplacement est le moyen pour réorienter la vie des personnes. Désormais, ce sont des disciples, non pas des leaders, et doivent connaître la différence fondamentale entre une initiative et une réponse. L’homme riche prend une initiative, “et Jésus l’ayant regardé, l’aima.” Or, Jésus lui dit qu’il lui manque “une chose” – mais cette chose était énorme, et beaucoup trop pour cet homme qui voulait prendre l’initiative, et non pas laisser que sa vie soit radicalement dérangée. Jésus a rappelé à son propre noyau de disciples :
“Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit” (Jn 15). Ce sont des mots que chacun d’entre nous doit entendre et prendre à cœur.

ENVOI /CO-MISSION: La suite de Jésus n’est complétée ou vraiment activée que par l’envoi. Or, comme nous sommes envoyés non pas pour faire ce que nous voulons mais plutôt la volonté de Celui qui nous envoie, nous sommes co-missionnaires ou incorporés dans la mission de Jésus – qui est en fait la mission de Dieu, car Jésus lui-même dit : “Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé.” Le mouvement centrifuge, du centre vers les marges, de l’intérieur vers l’extérieur, est au cœur de la suite et un antidote à une sorte de spiritualité du “moi-même et Jésus” qui cherche la vie tranquille et refuse d’être socialement responsable. C’est une fausse spiritualité, ce n’est pas chrétien. La spiritualité chrétienne authentique doit avoir une composante missionnaire. Et tous ceux qui décident de suivre Jésus doivent cheminer sur son chemin, le Chemin de la Croix. Ce sera toujours difficile, un peu effrayant et certainement dérangeant. Mais nous sommes encouragés par Jésus même qui nous rassure: “Prenez courage, j’ai vaincu le monde.”

DES CONSIDERATIONS RATIONNELLES VERS L’IMAGINATION ET L’ESPERANCE

      Beaucoup de personnes de bonne volonté se sentiront paralysées quand il s’agira d’aller de l’avant ou de répondre à l’appel à devenir disciple. Parfois nous sommes trop rationnels pour notre propre bien, et intimidés par des questions pratiques: “Comment puis-je faire cela” (parce que je ne suis pas assez intelligent, pas assez fort, pas assez jeune, et ainsi de suite)”; ou “Comment puis-je me permettre cela? (financièrement, en termes de temps, ou socialement).” Par conséquent, nous risquons de ne rien faire. Le seul moyen pour avancer, c’est de marcher avec foi et espérance, et avoir recours à l’imagination et à la créativité. L’espérance est le futur de la foi: si la foi caractérise notre attitude aujourd’hui, l’espérance sera notre demain – mais nous n’attendons pas jusqu’à demain: nous reportons notre foi d’aujourd’hui au lendemain et à chaque lendemain. Comme l’imagination, la capacité de traiter ce qui n’est pas encore arrivé, est une caractéristique particulière des jeunes qui ont soif de savoir et de vivre de nouvelles expériences. L’imagination de beaucoup de gens s’atrophie au cours de la vie, au fur et à mesure qu’ils deviennent désenchantés ou paresseux. Contrairement à la raison, l’imagination pose des questions ouvertes qui n’ont pas de réponses préétablies, des questions telles que “et si?” ou “pourquoi pas?” Et si on pensait différemment ou on agissait différemment? “Pourquoi ne pas essayer, inviter les autres, le faire différemment la prochaine fois, demander de l’aide?” des personnes qui continuent à demander “et si?” ou “pourquoi pas?” trouvent les moyens d’aller de l’avant. Ils rencontreront certes des difficultés et seront dérangées, mais cela ne les dissuadera jamais car ils vivent avec espérance, “rêvent les yeux ouverts.”

QUELQUES CITATIONS

“L’ouverture des disciples de Jésus et des cercles des disciples autour de lui à de cercles encore plus larges de disciples était l’un des aspects les plus dérangeants et provocateurs de son ministère” (James J.G. Dunn, Jesus Remembered).

“Pour être disciple il faut de l’imagination, il s’agit d’élargir de manière créative les modèles établis par Jésus-mouvement au premier siècle à de nouvelles époques et de nouveaux lieux. La Christologie commence par l’imagination des disciples. Parfois notre imagination a besoin d’être façonnée et formée par nos co-disciples.” (Terence Tilley, The Disciples’ Jesus).


Anthony J. Gittins, CSSp.

Professeur de Théologie et de Culture,
Catholic Theological Union, Chicago
anthonygittins@aol.com

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On peut trouver une explication plus approfondie et d’autres thèmes pertinents dans A Presence That Disturbs: A Call to Radical Discipleship. Liguori, MO: 2002.


Impression des Groupes Linguistiques

     Qu’ont bien pu penser certains supérieurs généraux quand ils ont reçu l’invitation en décembre 2008 annonçant le thème : “Devenir une présence dérangeante dans le monde d’aujourd’hui: le Christ à travers François, Claire et… moi-même!”? Ont-ils trouvé ce thème agaçant? Son expression fâcheuse?

      L’Assemblée générale de la Conférence Franciscaine Internationale du Troisième Ordre Régulier (CFI-TOR) a été organisée à la Domus Pacis, au cœur d’Assise, un lieu béni par les empreintes de saint François et de sainte Claire. Le thème de l’Assemblée, qui a été très apprécié, est très actuel.

      Le discours inaugural de l’évêque d’Assise, Mgr Sorrentino a été très enrichissant et stimulant.

      Nous avons beaucoup apprécié les prières du matin qui étaient très belles et enrichissantes. La Lectio Divina nous a réunis en silence et mis à l’écoute de Celui dont nous essayons de découvrir la volonté et l’œuvre. Il fallait se mettre en présence du Seigneur afin de se recueillir profondément et le trouver au fond de soi.

      Le discours enthousiasmant et stimulant du père Anthony J. Gittins, s’inspirant du poème de William Wordsworth (1770-1850) Tintern Abbey, était strictement lié au thème de la conférence “Devenir une présence dérangeante dans le monde d’aujourd’hui : le Christ à travers François, Claire et… moi-même”.

      Le père Anthony a présenté son thème à l’assemblée dans le cadre d’une recherche de sens. Le second souffle accordé par le Saint Esprit, la fonction du ministère de l’imagination, les communitas de vrais disciples, et les actions radicales du ministère de Jésus ne sont que quelques unes des questions analysées afin de comprendre d’une manière nouvelle comment suivre les pas du Christ et de son serviteur François. Tous les présents ont été touchés et ravis par l’intervention d’Anthony. D’emblée, une ambiance spéciale s’est installée. Ce n’était pas un style nouveau, mais réellement franciscain.

      Nous avons très tôt convenu que la traduction de l’Anglais – basée sur le titre de l’ouvrage d’Anthony J. Gittins: “A Presence that Disturbs” – n’exprimait pas son vrai sens de manière claire. Par son discours, l’auteur de l’ouvrage a aussitôt clarifié l’interprétation erronée et nous nous sommes retrouvés au cœur de la réalité de la vie : Dieu dérange, Dieu nous secoue, Dieu nous interpelle. Et ce n’est pas tout, a affirmé le frère Anthony, si nous sommes appelés à faire partie du plan de Dieu, nous devons coopérer. Nous devons être préparés à nous laisser déranger, à mettre de côté nos plans et placer ceux qui sont dans le besoin au centre (cf. Bartimaeus); or, il ne s’agit pas simplement de réagir quand un besoin ou un défi entrave notre chemin, il faut aussi être actif: nous collaborons avec le plan de salut de Dieu quand nous prenons position pour la justice, la paix et l’intégrité de la création, quand nous œuvrons à défendre la vie et toute forme de vie menacée.

      Après l’introduction et les présentations, chaque groupe s’est réuni dans la salle qui lui était destinée. La réunion en groupes linguistiques a été aussi une très belle expérience. Malgré les différences linguistiques, nous avons pu rapidement surmonter cette barrière avec salutations et sourires. La présence dérangeante de Dieu a toujours été remarquable dès les premiers instants, quand quelques sœurs, partageant le même idéal et la même spiritualité, a essayé de créer une fraternité en un laps de temps très court, juste quelques jours!

     Une fois “brisée la glace” (en fait, il faisait très chaud), les modérateurs ont commencé à guider notre travail. Chaque session a été marquée par le travail conjoint auquel tous ont participé avec leurs idées, leurs commentaires, leurs efforts pour se comprendre les uns les autres et, enfin, avec des échanges avec le groupe entier. Le travail a été toujours fait consciencieusement, en soignant non seulement ce qui était le plus important mais aussi les détails apparemment insignifiants. Nous pouvions sentir que le Saint-Esprit soufflait dans les conversations du groupe, qui ont été reportées par écrit à la fin des sessions.

      A travers les groupes linguistiques, l’Assemblée a essayé de réfléchir, de développer et d’enrichir le thème afin d’atteindre l’objectif général qui était de renforcer ou intensifier l’engagement franciscain à une suite radicale de la mission dans le monde d’aujourd’hui, comme présence dérangeante qui conduit les personnes au Christ, comme François et Claire l’ont fait. Dans les groupes linguistiques, nous avons rattaché ce thème à d’autres, en faisant la comparaison avec la vie religieuse et consacrée d’aujourd’hui. Cette présence dérangeante doit naître de l’inspiration de Dieu. Afin de reconnaître, identifier et vraiment comprendre les défis du monde réel et afin d’y faire face avec des moyens efficaces et adéquats et de façon appropriée, il est nécessaire d’écouter cette présence dérangeante.

      La réunion en groupes linguistiques a été aussi une très belle expérience. Le thème proposé nous permet de revenir aux sources, à notre origine et à être conscients de la vitalité de l’esprit franciscain. Au cours de notre réflexion sur le Christ, nous avons vu clairement et nous avons été éclairés par le lien qui existe entre le thème ‘être dérangé et dérangeant’ et la notion de ‘serviteur’. Dans un monde dominé par le bruit, la violence et l’argent, le Christ et, à sa suite, François et Claire nous invitent à suivre le chemin du service et non celui du pouvoir. Nous avons aussi rappelé l’importance de revenir à la Règle, et notre groupe a pensé qu’il était important de proposer chaque jour une réflexion extraite de celle-ci.

      Il faut dire que la petite fraternité faisait partie d’une fraternité plus nombreuse qui progressivement, jour après jour, prenait forme, dans les couloirs, pendant la pause et à la table que tous partageaient. On entendait souvent l’expression suivante: “Chaque frère/sœur est un don de Dieu”. Nous avons ressenti au fond de nous la chaleur de la joie franciscaine lors de toutes nos rencontres et ce, en dépit de l’obstacle de la langue. Nous souhaitons aussi voir l’union entre les trois ordres devenir une réalité. Nous avons tous eu le sentiment que nous sommes des membres actifs de cette famille franciscaine, une branche qui s’est beaucoup développée et qui est toujours en croissance dans l’Eglise et dans le monde.

      Nous avons essayé d’utiliser notre imagination et d’être créatifs; nous avons osé rêver d’un monde meilleur, et que nous sommes ces femmes appelées à évangéliser, à faire du rêve de Dieu une réalité de notre monde; un monde juste, un monde qui accepte les pauvres, qui défend les femmes maltraitées, qui lutte en faveur des droits des enfants, qui est du côté des malades.

      Les réunions en salle plénière avait un caractère ‘www’: équipés d’écouteurs, nous nous affalions dans nos sièges sombres, rembourrés. Les interprètes étaient assises dans leurs cabines, placées au fond de la salle, en haut. Nous les avons toutes remerciées pour le formidable travail d’interprétation qu’elles ont fait. Notre modératrice, Sr. Violet a persévéré avec une sacrée patience jusqu’à ce que tout soit parfaitement clair et que le silence règne dans la salle.

      L’équipe de direction avait préparé l’Assemblée générale en soignant les moindres détails et leur rapport couvrant les quatre dernières années a obtenu des applaudissements sincères.

      Nous voudrions remercier également les orateurs de la famille franciscaine pour leur présence et leurs déclarations ou leurs discours. Leur contribution a intensifié l’impression que nous avions déjà d’un grand rayonnement dans le monde de la spiritualité franciscaine à travers les congrégations du Troisième Ordre Régulier. Nous sommes unis les uns aux autres dans la prière.

      Au cours de cette semaine, Assise s’est montrée sous son meilleur jour: nous avons profité de l’après-midi libre pour visiter les lieux sacrés. Le chemin était longé de roses; les maisons et les rues ravalées, ainsi que les chantiers, nous ont rappelé le fort séisme qui a eu lieu il y a plus de dix ans, alors que l’architecture a suscité en nous la stupéfaction; les “gelati” tant attendus ont été un vrai régal.
Nous félicitons le nouveau Conseil pour son élection. Armés de la confiance des délégués et d’un catalogue de recommandations pour les quatre années à venir, nous espérons que les Sœurs et les Frères – soutenus par notre prière – serviront le Seigneur “en actions de grâce et avec grande humilité”. Nous sommes invités, en tant que responsables de nos communautés, à donner “l’esprit et la vie” à la Déclaration finale acceptée à l’unanimité.

      Lors de la session plénière de clôture, l’Assemblée générale a formulé une déclaration finale contenant beaucoup des convictions, des sentiments, des émotions, des souhaits, des idées et des attentes que nous avons exprimés au cours des journées à Assise. Avec nos sœurs et nos frères, ils ont établi une tâche prophétique pour les années à venir. En fait, cette assemblée nous a lancé un défi dérangeant.
Que Dieu puisse nous aider à voir cette urgence, à relever le défi et à faire de ce rêve une réalité. “Et si...? “Pourquoi pas...?”

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Basé sur les impressions et les réflexions des cinq groupes de travail linguistiques Rédigé par le Fr. Eduard Quint, cfh; Sr.Regina Pröls; Sr. Paulina Aguirre, fhm; Sr.Jessy Augustine Payyapilly; Sr. Marie Simone Boulanger et Sr. Marie Catherine Parrotta, frjh





Le Cantique de la Présence Dérangeante

Loué sois-tu, ô Seigneur,
pour l’appel à la contemplation, à la conversion et à l’authenticité
qui conduit ceux qui t’aiment
à céder le pas à ton Esprit,
à avoir des cœurs qui écoutent, qui attendent,
prêts à se laisser déranger,
attentifs à ton appel à agir
avec compassion, courage et espérance.

Loué sois-tu, ô Seigneur,
pour les ‘petits’ dont la présence dérangeante
met en question l’accumulation
de toutes les formes de pouvoir, de privilège ou de prestige
auxquelles le monde attache une grande importance
qui
si souvent se fait aux dépens de ‘ceux qui peuvent être sacrifiés’
que le monde méprise, abandonne et rend invisibles.

Loué sois-tu, ô Seigneur,
pour ceux qui s’engagent à vivre
la Tradition théologique franciscaine et
sondent ses implications ‘dérangeantes’ pour l’Eglise et la société -
car à travers eux le Peuple de Dieu dans le monde entier connaîtra
ta Bonté,
le Don de la Création,
l’unicité (haecceitas) et la valeur de chaque Créature,
et
le grand Mystère de l’Incarnation
par lequel tu as été poussé, par amour et non pas par le péché,
à être Dieu-avec-nous.

Loué sois-tu, ô Seigneur,
pour les nouveaux moyens de communication créatifs et imaginatifs
qui nous aident à ‘être dérangés’ et à ‘devenir une présence dérangeante’,
pour les arts et les artistes,
pour la technologie et les techniciens,
et pour tout métier et tout ouvrier, et qui nous permettent
d’exprimer davantage notre Bonté, Vérité et Beauté -
afin que nous puissions
Te découvrir plus profondément,
annoncer à plus grande échelle ta Bonne Nouvelle,
mieux protéger ta Création,
être en relation avec un plus grand nombre de sœurs et frères dans le monde,
et comprendre mieux leurs luttes pour la justice, leur aspiration à la paix,
et les chemins qu’ils suivent pour être un-avec-Toi.



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Basé sur les documents et les résumés des discussion du septième groupe de travail anglophone. synthétisés par Margaret Eletta Guider, OSF


 

Déclaration Finale

Assemblée Générale de la CFI-TOR
Assise, 16 – 21 mai 2009

     L’Esprit de Dieu nous a conduits, nous sœurs et frères du Troisième Ordre Régulier, à Assise où nous avons observé ensemble le monde tel que nous le connaissons et le vivons aujourd’hui. Nous sommes dérangés par les divers défis politiques, sociaux, ecclésiaux, économiques, technologiques et juridiques, ainsi que par ceux qui se présentent au sein de nos congrégations religieuses. Nous souhaitons répondre à ces défis dans la foi, en suivant avec François et Claire les pas de Jésus.


      Nous sommes appelés à devenir une «présence dérangeante» dans notre monde d’aujourd’hui, comme Jésus l’a été de son temps.

Loué sois-tu, Seigneur
Dieu, pour ceux et celles qui, par leur présence dérangeante,
répondent à ton appel et réparent notre maison et notre monde.





 

Recommandations de l’Assemblée Générale 2009-2013



FORMATION INITIALE ET PERMANENTE

  1. Proposition: Que le conseil et l’équipe de la CFI-TOR continuent l’école itinérante de spiritualité du TOR, en donnant la priorité aux pays, aux régions et aux groupes linguistiques qui actuellement n’ont pas la possibilité d’y accéder. Continuer a inclure l’éducation à la non-violence, l’intégrité de la création et des autres arguments relatifs e incorporer la vie évangélique et la tradition théologique franciscaine. Encourager le développement et l’utilisation de l’audiovisuel et l’Internet.
  2. Proposition: Que la CFI-TOR envisage d’offrir des programmes internationaux de formation au personnel et/ou aux frères et sœurs en formation.
  3. Proposition: Engager à nouveau les membres dans l’étude de notre Règle et Vie, en commençant par le chapitre IX sur la “mission”.
  4. Proposition: Amener de nouveaux membres à l’Assemblée de 2013.
  5. Proposition: Créer de nouveaux matériels pour la formation initiale et permanente, et publier et diffuser ceux existants.

COMMUNICATION

éer un comité afin de:
  1. identifier de quelles façons, et leur donner une expression concrète, les frères et les sœurs peuvent être une «présence dérangeante» en faisant face aux défis et aux crises d’aujourd’hui. élaborer des stratégies pour la réflexion et l’action au niveau de la base sur la question devenir une «présence dérangeante» dans le monde d’aujourd’hui.
  2. promouvoir la visibilité, la voix et la vision franciscaines dans le monde et dans l’Eglise à travers les relations personnelles/institutionnelles et le réseau mondial.
  3. informer et inviter les membres à répondre aux urgences et aux situations critiques qui surviennent dans le monde.

JPIC (Justice Paix et l’intégrité de la Création)

Proposition:

Identifier de quelles façons, et leur donner une expression concrète, les frères et les sœurs peuvent-ils être une « présence dérangeante » en faisant face aux défis et aux crises d’aujourd’hui.
Proposition:
A travers la parole et l’action, promouvoir un dialogue innovateur dans les domaines suivants:
  1. paix et réconciliation
  2. Ecuménisme
  3. diversité des cultures, des peuples, des religions et des confessions
  4. attention aux pauvres et protection de la planète


Suggestions:

- Garder des contacts avec les congrégations qui n’ont pas renouvelé leur affiliation.

- Que la CFI-TOR informe les membres des besoins pressants de ministres pastoraux afin d’aider ceux qui vivent actuellement dans des communautés de «frontière».

- Continuer à identifier de nouvelles congrégations du TOR et les inviter à adhérer à la CFI-TOR.

- Continuer à œuvrer pour retrouver, entre les diverses branches de la famille franciscaine, les relations frère-sœur originelles.




Liturgie de Clôture – Homélie

Frère Pietro Sorci ofm


     Chers soeurs et frères, nous parvenons à la conclusion de cette semaine intense vécue sur la terre de François, près du lieu où il se livra aux bras de notre soeur la mort, en ce 800e anniversaire de la reconnaissance, de la part des plus hautes instances de l’Eglise, de son magistère, de sa vocation et de sa mission de témoigner le Christ crucifié et ressuscité.

     François a été pour l’Eglise et pour la société de son époque «une présence qui provoque et qui préoccupe», affirme le thème de votre congrès.

     800 ans plus tard, il reste «une présence qui préoccupe et qui provoque» pour les chrétiens et les non chrétiens, en raison de son adhésion au Christ sans hésitation et sans réserve, et de sa confiance inconditionnelle en l’homme, malgré les démentis apparents.

     A travers son humilité et sa simplicité, son dépouillement total, la fraternité qu’il exprime à tous, - hommes et femmes, petits et grands, pauvres et puissants, hommes d’église et non croyants -, sa solidarité envers les lépreux et tous ceux qui peuvent être associés aux lépreux, son œuvre de réconciliation et de pacification, le fait d’avoir tendu la main aux hommes de l’Islam, son respect pour la terre et toute la création, avec discrétion et transparence, François met devant les yeux des croyants et des non croyants Jésus Christ, Fils du Dieu fait homme, pauvre et crucifié, qui s’est donné pour nous et pour tous sur la croix afin que nous soyons les enfants de Dieu, ses frères et les frères de tous, et afin de faire l’univers nouveau.

     A travers sa vie, François nous dit qu’on peut avoir confiance en Jésus, qu’il est possible de l’aimer à nouveau, de l’écouter et de le suivre. Son évangile peut être mis en pratique, intégralement, sans rabais ni réserves, par tous, hommes et femmes, petits et grands, riches et pauvres, blancs et noirs, aujourd’hui encore.

     C’est là la joie authentique et la vraie vie. Cette suite représente la voie assurant le rajeunissement de l’Eglise, le renouvellement du monde, le rétablissement de la paix entre les hommes.
Dans la lecture évangélique, nous avons entendu quelques expressions du discours prononcé par Jésus la veille de sa passion, après avoir lavé les pieds des disciples et avoir donné par l’eucharistie le mémorial éternel de sa pâque: «Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et puis encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira : vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie.»

     Jésus ne fait pas allusion uniquement au fait qu’ils seront privés de sa présence à cause de sa mort imminente, ce que les disciples allaient apprendre quelques heures plus tard, il parle aussi de l’expérience du doute, de l’obscurité et du silence de Dieu que les disciples de tout époque allaient vivre, et nous aussi à notre époque. Il fait allusion à l’expérience, que nous vivons nous aussi aujourd’hui, du triomphe apparent du mal, de la haine et de la violence, de l’éclipse de Dieu, et qui suscite une tristesse profonde et la souffrance.

     Or cette souffrance, comme la passion de Jésus, est une source mystérieuse de joie et de fécondité.

     Ce n’est pas la joie du monde liée à la poursuite des valeurs éphémères, du savoir mis au service d’intérêts matériels, de la carrière sociale, scientifique, de la renommée, des choix faits en fonction de la rentabilité économique, des sensations fortes poussées jusqu’à bout.

     Pour exprimer le passage de l’affliction à la joie surabondante, Jésus se sert de l’image délicate de la femme qui va donner le jour à un enfant. La joie de la femme qui enfante est double : parce que ses souffrances sont terminées, et parce qu’une nouvelle vie a vu le jour.

     De même, la souffrance pour la fidélité au Christ et pour le témoignage qu’il a rendu suscite la joie et enfante un monde nouveau.

     La souffrance missionnaire est un lieu privilégié de joie ecclésiale, comme le témoigne l’apôtre Paul qui, rejeté par les juifs de Corinthe, s’adresse aux païens et obtient des fruits copieux de foi et de conversion: non seulement un grand nombre de corinthiens demandèrent le baptême, mais même Crispus, le chef de la synagogue se fit baptiser avec toute sa famille. Et Paul pourra écrire dans la deuxième épître aux Corinthiens: «Je surabonde de joie dans toute notre tribulation» (2 Cor 7:4)

     Le chrétien qui s’engage dans le témoignage du Christ, dans la diffusion de sa parole et dans la tâche missionnaire, rencontrera certainement beaucoup de tribulations, mais la joie lui sera garantie.

     C’est la joie qui découle du fait d’être ses disciples, de savoir qu’il est proche de nous à chaque instant, même dans les moments d’égarement ou de péché, de savoir que consacrer sa propre vie pour lui et pour les frères est un investissement avantageux et un grand honneur.

     C’est la joie qui découle du fait de mettre au monde un homme nouveau, de redonner un sens et de raviver des existences fanées et éteintes, du fait de voir se dessiner un sourire sur des visages sans espoir. C’est la joie de voir l’amour naître là où il y a la haine, le pardon où il y a l’offense, l’union et la paix là où il y a désaccord, la foi où il y a le doute, l’espérance là où il y a le désespoir, la lumière là où il y a les ténèbres.
La joie de voir germer la vie là où il n’y avait que des ruines. C’est le miracle de l’espérance que nous, frères et sœurs de François d’Assise, voulons nous engager à réaliser pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Que le Seigneur fasse de nous des instruments de sa paix.

Assise, le 21 mai 2009


Disturb us, Lord
when we are too well pleased


Disturb us, Lord, when
We are too well pleased with ourselves,
When our dreams have come true
Because we have dreamed too little,
When we arrived safely
Because we sailed too close to the shore.

Disturb us, Lord, when
With the abundance of things we possess
We have lost our thirst
For the waters of life;
Having fallen in love with life,
We have ceased to dream of eternity
And in our efforts to build a new earth,
We have allowed our vision
Of the new heaven to dim.

Disturb us, Lord, to dare more boldly,
To venture on wider seas
Where storms will show your majesty;
Where losing sight of land,
We shall find the stars.

We ask you to push back
The horizons, of our hopes;
And to push into the future
In strength, courage, hope and love.
Attributed – Sir Francis Drake - 1577

(N.B.: IFC-TOR does not provide the translation of this poem.)



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